
Un film de Pere Portabella
Espagne, 1971
Deux films qui racontent la même histoire à partir du même plateau de tournage, pourtant il s'agit de deux films très différents. Franco tente d'imiter la série Dracula de Hammer Film Productions (c'est pourquoi Christopher Lee est là, jouant encore le célèbre comte de Transylvanie) tandis que l'approche plus avant-gardiste de Portabella renvoie davantage au monde éthéré de Vampyr de Carl Dreyer. Entièrement muet à l'exception de quelques étranges effets sonores et quelques musiques, l'on arrive tout de même à suivre l'action à l'écran par familiarité avec les nombreuses interprétations de l'oeuvre de Bram Stoker (il n'est pas nécessaire d'avoir vu le film de Franco) mais l'intérêt se situe moins dans la narration que dans l'étrange atmosphère du film, où l'on semble constamment nager dans un brouillard épais, incertain d'être témoin des méfaits de Dracula ou plutôt de visionner un making-of.
Mais ce n'est ni un film d'horreur ni un documentaire sur la réalisation d'un film d'horreur. Le réalisateur crée une suite d'effets déconcertants, par exemple en collant au montage un plan de Christopher Lee qui blague avec la caméra lors d'un moment crucial de l'histoire, quand Johnathan Harker est mordu par Dracula, ou encore en mettant l'emphase sur l'artifice de certains effets spéciaux de Franco. Ces constantes intrusions de la réalité constituent un des quelques procédés humoristiques (pour un film d'avant-garde qui demeure tout de même plutôt terrifiant, on s'entend) qui servent à briser l'univers de Franco. Et si l'on s'attarde un peu plus à l'oeuvre de Portabella, on réalise que l'univers horrifique de Franco auquel il s'en prend est plutôt celui de Francisco Franco, alors encore dictateur de l'Espagne. Umbracle, considéré comme un film compagnon à celui-ci (et mettant également en vedette Christopher Lee), est plus direct dans son propos politique, notamment en montrant une scène où des réalisateurs espagnols discutent ouvertement des problème de censure sous le régime. Mais Cuadecuc peut tout à fait s'apprécier pour le frisson d'être perdu dans un brouillard au milieu d'un univers inquiétant ponctué de dissonances.
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